Philosophie · Le taon d’Athènes
Socrate
Il pose des questions à tout le monde, et Athènes finit par le condamner à mort.
Déjà à l’aise ? Aller au quizIl n’a rien écrit, mais Athènes l’a condamné à mort.
Sur l’agora d’Athènes
Un homme pieds nus t’arrête et te demande ce qu’est le courage.5
Tu étais sûr de le savoir. Tu l’es beaucoup moins.
Chercher la vérité à deux, par le dialogue.
Socrate (vers 470‑399 av. J.‑C.) a inventé une manière de penser : ne jamais croire savoir ce qu’on ne sait pas.410
Après cette fiche, tu sais
- 1raconter l’enquête de Socrate après l’oracle de Delphes ;
- 2expliquer la maïeutique et l’ironie socratique sur un exemple ;
- 3réfuter une définition par un contre-exemple, comme Socrate ;
- 4raconter le procès de 399 et la mort de Socrate ;
- 5expliquer « nul n’est méchant volontairement » et le daïmon.
Le courage ? Ne jamais avoir peur, non ?
Un homme qui n’écrit rien
Une vie en cinq dates
Ses journées
Sur l’agora, au gymnase, dans les boutiques : il interroge tous ceux qu’il croise.4
Pas un sophiste
Contrairement aux sophistes, il ne tient pas d’école et ne se fait pas payer.1
Les sophistes enseignaient contre salaire, notamment l’art de persuader.
Classe
Socrate, ou un sophiste de son temps ?
Rien d’écrit
On le connaît par trois témoins qui ne concordent pas toujours.
Platon, son disciple, en fait le héros de ses dialogues ; Xénophon, autre disciple, le montre plus terre à terre ; le poète comique Aristophane le caricature en sophiste dans Les Nuées (423 av. J.‑C.).4
Quel est le vrai Socrate ?
Démêler le Socrate historique du personnage de Platon, c’est ce qu’on appelle la question socratique. Retiens que les formules célèbres de cette fiche nous viennent surtout de Platon.4
Un oracle qui dérange
2 · L’oracle
L’oracle de Delphes l’a dit : personne n’est plus sage que Socrate.
Mais lui ne se croit pas sage. Alors, qui se trompe ?
L’enquête de Socrate
D’où vient la célèbre formule « je sais que je ne sais rien » ? D’une enquête que Socrate raconte à ses juges, dans l’Apologie écrite par Platon.1 Fais défiler : il interroge ceux qui passent pour sages.
Chéréphon demande à la Pythie de Delphes s'il existe un homme plus sage que Socrate. Réponse : aucun (21a). Socrate, qui ne se croit pas sage, veut comprendre.
L'homme d'État interrogé « semblait sage à beaucoup d'autres et surtout à lui-même », mais ne l'était pas (21c).
Leurs œuvres sont belles, mais ils ne savent pas les expliquer : ils créent « par une sorte d'instinct et par une inspiration divine » (22c).
Eux savent vraiment leur métier. Mais chacun se croit compétent aussi dans les choses les plus importantes (22d-e).
Il ne sait presque rien, mais « ce que je ne sais pas, je ne pense pas non plus le savoir » (21d). Chez lui, aucun écart.
Le plus sage est celui qui reconnaît que sa sagesse n'est rien (23a-b). D'où sa mission : débusquer l'illusion de savoir.
« Ce que je ne sais pas, je ne pense pas non plus le savoir. »
Piège
Deux formules célèbres, et aucune n’est vraiment de lui.
« Connais-toi toi-même » : une maxime que Socrate a faite sienne, et le point de départ de sa recherche.
Sa mère était sage-femme
3 · La maïeutique
Fils d’une sage-femme, Socrate compare sa méthode au métier de sa mère : il n’enseigne rien, il aide l’autre à « accoucher » de ses idées.3
La maïeutique (du grec maieutikê, l’art de la sage-femme) : aider l’autre à accoucher de ses idées, puis vérifier si elles tiennent debout.3
Une idée qui tombe est à reprendre ; une idée qui tient permet d’avancer.
L’ironie socratique (en grec eirôneia, « dissimulation ») : Socrate se dit ignorant pour pousser l’autre à examiner ses propres idées.4
Ce n’est pas du sarcasme : il feint l’ignorance pour faire réfléchir, pas pour blesser.
Le Lachès, un dialogue sur le courage
Deux généraux, Lachès et Nicias, se croient sûrs de savoir ce qu’est le courage. Fais défiler : Socrate leur pose ses questions, et l’on voit la méthode à l’œuvre.2
Qu'est-ce que le courage ?
L'ironie
« Nous n’avons donc pas trouvé, Nicias, ce que c’est que le courage. »
Oui… ça ressemble à un échec, non ?
Piquer pour réveiller
4 · Réfuter
Devant ses juges, Socrate se compare à un taon, une grosse mouche piqueuse qui empêche Athènes de s’endormir.1
« …comme un taon à un cheval grand et généreux, mais que sa grandeur même alourdit et qui a besoin d’être aiguillonné. »
Son arme
La question qui fait vaciller une définition : un contre-exemple la montre trop étroite ou trop large.2
Deux cas tirés du Lachès : la fuite des Scythes (191a‑c) et la fermeté jointe à la folie (192c‑d).
Attaquer la personne, invoquer une autorité ou changer de sujet, ce n’est jamais réfuter.
À toi : réfute comme Socrate
Quatre définitions, trois questions chacune. Une seule met vraiment la définition à l’épreuve : à toi de la trouver.
Jeu en quatre manches
Quelle question réfute vraiment cette définition ?
D’où viennent ces manches ?
Les quatre manches viennent de Platon.6
Athènes juge Socrate
5 · Le procès de 399
En 399 av. J.‑C., Socrate a environ 70 ans. Trois citoyens, Mélètos, Anytos et Lycon, l’accusent devant quelque 500 juges tirés au sort.1
Le procès, étape par étape
Suis le procès tel que Platon le raconte. Fais défiler : de l’accusation à la ciguë.
Le procès
L'accusation
À toi
Déclaré coupable, Socrate doit proposer une peine à la place de la mort. Que propose-t-il d'abord ?
Le Criton
Son vieil ami Criton lui propose de s’évader. Socrate refuse : il ne faut jamais commettre d’injustice, pas même pour répondre à une injustice.8
Le Phédon
Platon raconte sa dernière journée : Socrate y défend l’immortalité de l’âme, puis boit la ciguë avec sérénité.8
Les étapes du procès
Touche les étapes dans l’ordre où elles se déroulent.
Le mal, une simple erreur ?
6 · Le bien et la voix
Personne ne fait le mal exprès.
Deux idées qu’on associe à Socrate : pourquoi nul n’est méchant volontairement, et quelle est cette mystérieuse voix qui le retient.
La boussole de Socrate
Du voleur qui se trompe de bien à la voix qui le retient. Fais défiler : quatre étapes.
La boussole de Socrate
Le voleur
Intellectualisme moral
« Nul n’est méchant volontairement » : c’est la formule traditionnelle d’une thèse que Platon prête à Socrate (Protagoras, 345d‑e ; Ménon, 77b‑78b).7
Le daïmon
En grec, daimôn n’a rien de maléfique. Socrate parle d’un signe divin, « une sorte de voix » qui le détourne d’agir, sans jamais l’y pousser (Apologie, 31d).1
Vrai ou faux
Cinq affirmations sur Socrate.
- « Je sais que je ne sais rien » est une phrase écrite par Platon.
- Socrate était un sophiste comme les autres.
- L'ironie socratique consiste à feindre l'ignorance.
- La théorie des Idées est de Socrate.
- Socrate a inventé « Connais-toi toi-même ».
Pas vraiment : parfois, on sait très bien que c’est mal.
Maintenant, à toi
Exercices corrigés
Cherche d’abord, puis ouvre le corrigé.
1Ton ami affirme : « Être courageux, c’est ne jamais avoir peur. » Réfute-le comme Socrate.Voir le corrigé
Par un contre-exemple : celui qui ne connaît pas le danger (un enfant qui traverse une route sans regarder) n’a pas peur, mais il n’est pas courageux, il est imprudent. Et le pompier qui entre dans une maison en feu a peur, mais il y va quand même : c’est justement là qu’est le courage. La définition est donc à la fois trop large et trop étroite. Comme Socrate, on pourrait conclure : cherchons encore.
2Pourquoi l’oracle a-t-il raison de dire que personne n’est plus sage que Socrate ?Voir le corrigé
Parce que Socrate est le seul à ne pas croire savoir ce qu’il ignore. Les politiques, les poètes et les artisans se croient savants dans des domaines où ils ne le sont pas : ils sont victimes de l’illusion de savoir. Socrate n’en sait guère plus qu’eux, mais il sait qu’il ne sait pas. Sa sagesse est donc une sagesse humaine, modeste : elle consiste à connaître ses propres limites.
3Explique « nul n’est méchant volontairement » et donne une objection.Voir le corrigé
Selon la thèse que Platon prête à Socrate, personne ne veut son propre malheur : celui qui fait le mal croit, à tort, que son acte lui sera profitable. Il agit par ignorance du vrai bien ; il faut donc l’instruire plutôt que le punir. Objection : ne peut-on pas savoir qu’une action est mauvaise et la faire quand même, par faiblesse ou par désir (fumer en sachant que c’est nocif) ? Aristote examinera ce cas, l’akrasia ou faiblesse de la volonté, en discutant justement la thèse de Socrate (Éthique à Nicomaque, livre VII).9
Cinq pièges à éviter.
Ce sont les erreurs les plus fréquentes sur Socrate.
« Je sais que je ne sais rien » est de Platon.
C’est un résumé tardif de l'Apologie, 21d.1
Socrate est un sophiste.
Il ne tient pas d’école et ne se fait pas payer.1
L’ironie, c’est du sarcasme.
C’est une ignorance feinte, pour faire réfléchir.
Les Idées sont de Socrate.
Elles sont de Platon, selon Aristote.9
Socrate a inventé « Connais-toi toi-même ».
La maxime était gravée à Delphes.
Ce qu’il faut retenir
Socrate en huit lignes.
Qui est-il ?
Sources : n’a rien écrit · Platon, Xénophon, Aristophane
L’oracle : personne n’est plus sage ; il sait qu’il ne sait pas
Illusion de savoir : l’écart entre croire savoir et savoir
Sa méthode
Ironie : ignorance feinte pour faire examiner ses idées
Maïeutique : aider l’autre à accoucher de ses idées, puis les tester
Réfutation : un contre-exemple fait tomber une définition
Dialectique : questions et réponses qui font avancer la recherche, de la définition à l’aporie
Son procès, sa morale
Procès : 399 av. J.‑C. · jeunesse, dieux · prytanée · ciguë
Le bien : nul n’est méchant volontairement · le daïmon retient
Pour aller plus loin
Platon, élève de Socrate, puis Aristote, élève de Platon : la suite de l’histoire. Et côté psychologie, les biais cognitifs, ces erreurs de jugement qui entretiennent l’illusion de savoir.
Dix questions pour finir
Dix questions pour finir
Dix questions tirées parmi vingt-quatre, réponses mélangées à chaque partie. Une explication s'affiche après chaque réponse, et tes erreurs sont reprises à la fin.
Ton score
Sources
- Platon, Apologie de Socrate, trad. Émile Chambry (oracle 21a‑23b, acte d’accusation 24b‑c, le taon 30e, le daïmon 31d, les trente voix 36a, le prytanée 36d, les trente mines 38b). fr.wikisource.org
- Platon, Lachès, trad. Émile Chambry (définitions du courage, 190e‑199e). fr.wikisource.org
- Platon, Théétète, trad. Émile Chambry, passage de la maïeutique (149a‑151d). fr.wikisource.org
- Debra Nails et S. Sara Monoson, Socrates, Stanford Encyclopedia of Philosophy (Potidée et Délion, Les Nuées en 423, le navire de Délos et le délai de trente jours, le Criton, la ciguë). plato.stanford.edu
- Platon, Le Banquet, trad. Émile Chambry (Alcibiade raconte la campagne de Potidée : Socrate marche pieds nus sur la glace, 220a‑b ; la retraite de Délion, 221a).
- Platon, République, livre I (Céphale 331c ; Polémarque 334c‑335d), Euthyphron (7b‑8a) et Ménon (73c‑d), trad. Émile Chambry : les quatre réfutations du jeu.
- Platon, Protagoras (345d‑e) et Ménon (77b‑78b) : « nul n’est méchant volontairement ». Sur la discussion qui suit, voir Weakness of Will, Stanford Encyclopedia of Philosophy. plato.stanford.edu
- Platon, Criton (le refus de s’évader) et Phédon (la dernière journée, la ciguë), trad. Émile Chambry.
- Aristote, Métaphysique, M 4, 1078b (Socrate cherche des définitions générales ; les Idées sont de Platon) et Éthique à Nicomaque, livre VII (l’akrasia, ou faiblesse de la volonté).
- Socrates, Encyclopædia Britannica (naissance vers 470 av. J.‑C., procès et mort en 399). britannica.com
Fiche relue et sourcée en septembre 2026, refaite en récit en octobre 2026.