Philosophie · Collège, 2ᵉ année · 45 min

Aristote

Élève de Platon, précepteur d’Alexandre, fondateur du Lycée : il veut comprendre les choses, pas seulement les Idées.

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Il a voulu tout comprendre, des animaux aux étoiles.

384-322av. J.-C., de Stagire à Chalcis4

Dans les choses

Un gland n’est pas encore un chêne : il en est un en puissance.

Devenir chêne, pour Aristote, c’est passer de la puissance à l’acte.

Élève de Platon

Il est l’élève de Platon pendant vingt ans, puis il le contredit sur l’essentiel : là où Platon cherche la vérité dans un monde d’Idées, lui la cherche dans les choses.

La question préférée d’Aristote : « en vue de quoi ? ». Pourquoi un œil, pourquoi une loi, pourquoi vivre ? On va la poser partout.

En vue de quoi, ça veut dire « dans quel but » ?

Exactement : la fin, le but. Garde ce mot en tête, il revient presque partout dans cette fiche.

Après cette fiche, tu sais

  • 1dire ce qui sépare Aristote de Platon ;
  • 2distinguer l’acte et la puissance, et les quatre causes ;
  • 3reconnaître un syllogisme valide ;
  • 4expliquer pourquoi le bonheur est la fin ultime ;
  • 5définir la vertu comme un juste milieu ;
  • 6expliquer l’« animal politique » et les trois amitiés.

Un élève qui contredit son maître

1 · Qui était-il ?

Le savant universel

Aristote naît en Macédoine, à Stagire. Vers dix-sept ans, il part étudier à Athènes, à l’Académie de Platon.4

Stagire Macédoine, 384 Athènes Académie (367), puis Lycée (335) Chalcis meurt en 322 schéma sans échelle

Plus tard, il ouvre sa propre école et écrit sur presque tout : logique, physique, biologie, âme, morale, politique, poésie.

Une vie en cinq dates

384 naissance à Stagire 367 élève de Platon à l’Académie 343 précepteur d’Alexandre 335 fonde le Lycée 322 meurt à Chalcis

En 343, il devient le précepteur du jeune Alexandre, qui a 13 ans. Il meurt à Chalcis en 322, un an après avoir quitté Athènes.4

« Il maestro di color che sanno »

Au Moyen Âge, on l’appelle simplement « le Philosophe ». Dante le voit parmi les sages : le maître de ceux qui savent.7

À toi

Les disciples d'Aristote ont été appelés les « péripatéticiens ». Pourquoi ?

Péripatéticiens

Le nom vient probablement du peripatos, la galerie couverte du Lycée.4

galerie couverte (peripatos) on y enseigne en marchant

La tradition ajoute qu’on y enseignait en marchant.

Un savant qui parle de tout

2 · La forme

La forme est dans les choses

Aristote admire son maître, mais il le contredit sur le point central : les Idées séparées. Le peintre Raphaël a résumé ce désaccord en un seul geste.7

Deux gestes

Raphaël

« Entre l’amitié et la vérité qui nous sont chères toutes les deux, c’est une obligation sacrée de donner la préférence à la vérité. »

Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 6, trad. Barthélemy-Saint-Hilaire, au moment de critiquer les Idées de Platon1

Attention

La formule « Platon m’est cher, mais la vérité m’est plus chère » n’est pas d’Aristote : elle est bien plus tardive et résume ce passage.

Classe

Platon, ou Aristote ?

Le pourquoi des choses

3 · Les quatre causes

Le pourquoi d’une chose

Pour Aristote, on ne connaît vraiment une chose que lorsqu’on en saisit la cause, son pourquoi.5

Il distingue quatre façons de répondre à « pourquoi ? ». Son exemple favori : une statue de bronze.

L'atelier

Matérielle

1. Matérielle

De quoi la chose est-elle faite ? Du bronze.

2. Formelle

Quelle forme reçoit la matière ? Celle d’un homme.

3. Efficiente

Qui fait passer la forme dans la matière ? Le sculpteur, avec son art.

4. Finale

En vue de quoi ? Pour honorer un dieu dans son temple.

Le gland est un chêne en puissance : il peut le devenir. Le chêne adulte est le chêne en acte : il a réalisé ce qu’il pouvait être.

le mouvement en puissance une pousse en acte

Pour Aristote, le mouvement est ce passage de la puissance à l’acte, et chaque être naturel tend vers sa fin.

Rien en vain

L’œil est fait pour voir, la racine pour nourrir la plante. Dans la Politique (I), Aristote le répète : « la nature ne fait rien en vain ».2

l’œil : voir la racine nourrit

La science moderne, depuis le XVIIᵉ siècle, a largement abandonné ce genre d’explication en physique.

Un couteau

Un couteau a lui aussi ses quatre causes : de quoi il est fait, quelle forme il a, qui le fabrique, à quoi il sert.

Matérielle : l’acier Formelle : la lame Efficiente : le forgeron Finale : couper

Classe

Une maison et un couteau : range chaque réponse sous sa cause.

Un raisonnement qui tient debout

4 · La logique

Le père de la logique

Aristote est le premier à étudier de façon systématique le raisonnement, dans les traités réunis sous le nom d’Organon (« l’outil »).4

Au cœur : le syllogisme, deux prémisses et une conclusion.

Tous les hommes sont mortels. Or Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. le moyen terme (homme) relie les prémisses

Le mot « homme » relie les deux prémisses : c’est lui qui permet de conclure.

Un syllogisme est valide quand sa forme garantit la conclusion, dès que les prémisses sont vraies.

forme valide Tous les poissons savent voler. fausse Or le saumon est un poisson. vraie Donc le saumon sait voler. fausse forme correcte, mais une prémisse fausse

Validité et vérité ne sont pas la même chose : à toi de jouer.

La règle

forme valide + prémisses vraies conclusion vraie, garantie sinon, rien n’est garanti forme non valide, ou prémisse fausse

Une forme valide peut donc mener à une conclusion fausse, si une prémisse est fausse.

Jeu en quatre épreuves

Épreuve 1 / 4Score : 0

Les exemples avec Socrate sont des exemples d’école, construits bien après Aristote sur le modèle de ses syllogismes.

Le principe de non-contradiction : une même chose ne peut pas, en même temps et sous le même rapport, être et ne pas être.4

une même chose être A ne pas être A impossible en même temps, sous le même rapport

Aristote le tient pour le plus sûr de tous les principes (Métaphysique, Γ). Sans lui, aucune discussion n’est possible.

Chaque fin appelle une autre

5 · Le bonheur

Le bonheur, fin ultime

Pourquoi fais-tu ce que tu fais ? Au livre I de l’Éthique à Nicomaque, Aristote remonte de fin en fin jusqu’au bonheur, puis dit en quoi il consiste.1

1 / 6 · Toute action vise un bien

Première phrase de l'Éthique : tout art, toute action tend vers un bien. La médecine vise la santé, la stratégie la victoire (I, 1).

2 / 6 · Les fins s'emboîtent

La sellerie travaille pour l'équitation, l'équitation pour la stratégie (I, 1). Chaque fin est le moyen d'une fin plus haute.

3 / 6 · Une fin ultime

On ne peut pas remonter ainsi à l'infini, sinon tout désir serait vain (I, 2). Il existe donc un bien voulu pour lui-même.

4 / 6 · Le bonheur, mais lequel ?

Tout le monde l'appelle bonheur (eudaimonia). Le plaisir ? Une vie de bête. Les honneurs ? Ils dépendent des autres. La richesse ? Un moyen (I, 5).

5 / 6 · La fonction

Le flûtiste, le sculpteur, l'œil ont une fonction. Celle de l'être humain : l'activité de l'âme conforme à la raison (I, 7).

6 / 6 · La définition

Le bonheur est l'activité de l'âme conforme à la vertu, dans une vie complète : « une seule hirondelle ne fait pas le printemps » (I, 7).

La vie la plus haute

Au livre X, Aristote place au sommet la vie contemplative (theoria), l’activité de l’intellect, la part la plus divine en nous.6

au sommet : la vie contemplative l’activité de l’intellect (livre X) vie active et vertueuse juste après, dans la cité plaisir, honneurs, richesse ce ne sont pas le bonheur (I, 5)

La vie active et vertueuse dans la cité vient juste après.

« Une seule hirondelle ne fait pas le printemps, non plus qu’un seul beau jour. »

Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 71
Le bonheur, pour Aristote, n’est pas une émotion d’un soir : c’est une manière de vivre, toute une vie. Une bonne note ne fait pas une bonne année.

Donc un seul beau jour ne suffit pas ?

Exact. Il faut une vie complète, comme le dit la citation.

Le milieu n’est pas la moyenne

6 · La vertu

La vertu, juste milieu

Reste à savoir ce qu’est la vertu, c’est-à-dire l’excellence. Au livre II, Aristote répond : une disposition à choisir le milieu entre deux vices, l’un par défaut, l’autre par excès.1

Mais pas n’importe quel milieu.

Le courage

Trop peu

« On devient juste en pratiquant la justice ; sage, en cultivant la sagesse ; courageux, en exerçant le courage. »

Aristote, Éthique à Nicomaque, II, 1, trad. Barthélemy-Saint-Hilaire1

Le même schéma

La générosité suit la même règle : donner trop peu, c’est l’avarice ; donner ce qu’il faut, c’est la libéralité ; tout dépenser, c’est la prodigalité.3

avarice défaut libéralité vertu prodigalité excès ne rien donner ce qu’il faut, à qui, quand tout dépenser

Classe

Défaut, vertu ou excès ?

La prudence (phronesis) : pour trouver le juste milieu dans chaque situation, il faut une intelligence pratique. Ce n’est pas un savoir théorique, mais l’art de bien délibérer sur ce qui est bon.1

Périclès, en exemple

Aristote le cite : il sait voir ce qui est bon pour lui et pour ceux qu’il gouverne (VI, 5).1

Un animal qui parle

7 · La cité

L’animal politique

Pour Aristote, l’être humain ne s’accomplit que dans une cité (polis). Dans la Politique (I, 2), il dit que l’homme est par nature un animal politique : en grec, zôon politikon.2

zôon être vivant, animal + politikon de la cité animal politique l’humain ne s’accomplit que dans la cité

Pourquoi ? Parce que la nature, qui « ne fait rien en vain », a donné la parole à l’homme seul.2

la voix plaisir douleur seulement cela la parole utile, nuisible juste, injuste pour discuter

La voix exprime seulement le plaisir et la douleur ; la parole permet de discuter de l’utile et du nuisible, du juste et de l’injuste.

Celui qui ne peut pas vivre en société, dit la Politique, « c’est une brute ou un dieu ».2

une bête sans parole ni lois l’humain en cité, avec la parole un dieu se suffit à lui-même

Il est au-dessous de l’humain (une bête, sans parole ni lois) ou au-dessus (un dieu, qui se suffit à lui-même).

Six régimes

Au livre III de la Politique, Aristote classe les régimes selon deux questions : qui gouverne, et dans quel intérêt ?2

qui gouverne intérêt général son intérêt un seul royauté tyrannie quelques-uns aristocratie oligarchie le grand nombre république (politeia) démagogie

En pratique, il recommande un régime mixte, qui mêle démocratie et oligarchie et s’appuie sur une classe moyenne.

Trois amitiés

Au livre VIII de l’Éthique, il y a « trois espèces d’amitié » : par utilité, par plaisir, et l’amitié parfaite, celle « des gens qui sont vertueux, et qui se ressemblent par leur vertu ».1

utilité cesse avec l’utilité plaisir cesse avec le plaisir parfaite dure, se forme avec le temps

Les deux premières cessent avec l’utilité ou le plaisir ; la troisième est rare, et elle se forme avec le temps.

Classe

Quelle amitié, selon Aristote ?

Attention, Aristote est aussi un homme de son temps : dans la même Politique, il défend l’idée d’« esclave par nature » et la domination des hommes sur les femmes.2

Il pensait vraiment ça ?

Oui, ses textes le disent. On peut admirer sa méthode et rejeter ces thèses.

Il faut s’entraîner

Entraîne-toi

Exercices corrigés

Cherche d’abord, puis ouvre le corrigé.

1. Donne les quatre causes d'un smartphone.

Matérielle : le verre, le métal, le silicium dont il est fait. Formelle : sa forme et son organisation, ce qui fait de ces matériaux un téléphone (le plan, le circuit). Efficiente : les ingénieurs et l'usine qui l'ont conçu et assemblé. Finale : communiquer, s'informer, ce en vue de quoi il existe. Pour Aristote, la cause finale explique les autres : c'est pour communiquer qu'on choisit ces matériaux et cette forme.

2. Ton ami affirme : « Le courage, c'est n'avoir peur de rien. » Que lui répond Aristote ?

Que n'avoir peur de rien n'est pas le courage, mais un vice par excès, proche de la témérité. Le courage est un juste milieu : avoir peur de ce qu'il faut craindre, comme il faut et quand il faut, et affronter le danger quand c'est bien de le faire. Le courageux n'est pas sans peur ; il ne se laisse pas gouverner par elle. Et le courage s'acquiert par l'habitude, en exerçant le courage.

3. Pourquoi celui qui vit hors de toute cité est-il, selon Aristote, « une brute ou un dieu » ?

Parce que l'être humain est par nature fait pour vivre en cité : il a reçu la parole pour discuter du juste et de l'injuste avec les autres. Celui qui n'a besoin de personne est soit au-dessous de l'humain (une bête, sans parole ni lois), soit au-dessus (un dieu, qui se suffit à lui-même). L'homme ne réalise sa nature, et le bonheur, qu'au milieu des autres.

Attention

Cinq pièges à éviter

Le juste milieu, c’est la moyenne.

Il est relatif à nous, et pas forcément au centre : la lâcheté s’oppose plus au courage que la témérité.

Le juste milieu, c’est la tiédeur.

Du point de vue du bien, dit Aristote, la vertu est « un extrême et un sommet ».1

« Amicus Plato, sed magis amica veritas ».

Formule latine tardive, pas une phrase d’Aristote.

Le syllogisme de Socrate mortel est d’Aristote.

C’est un exemple d’école, plus tardif.

« L’homme est un loup pour l’homme ».

C’est de Plaute, repris par Hobbes : rien à voir avec Aristote.

À retenir

Aristote en huit lignes

Repères et forme

Repères : 384-322 · élève de Platon · précepteur d’Alexandre · le Lycée

La forme : pas d’Idées séparées · matière + forme = la chose

Causes et puissance

Acte, puissance : le gland, chêne en puissance · le mouvement réalise

Quatre causes : matérielle, formelle, efficiente, finale

Logique et bonheur

Logique : le syllogisme · valide n’est pas vrai · non-contradiction

Bonheur : fin ultime · activité conforme à la vertu, toute une vie

Vertu et cité

Vertu : juste milieu relatif à nous · s’acquiert par l’habitude

Cité : animal politique · six régimes · trois amitiés

Maintenant, à toi

Vérifie

Dix questions pour finir

Vise le juste milieu : ni trop vite, ni trop lentement. Une explication s'affiche après chaque réponse.

Dix questions tirées parmi vingt-six, réponses mélangées à chaque partie. Une explication s'affiche après chaque réponse, et tes erreurs sont reprises à la fin.

Sources

  1. Aristote, Morale à Nicomaque, trad. Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, 1856 : la vérité préférée à l'amitié (I, 6), la fonction et l'hirondelle (I, 7), l'habitude (II, 1), Milon et le sommet (II, 6), le vice le plus opposé (II, 8), Périclès (VI, 5), les trois amitiés (VIII, 3). fr.wikisource.org
  2. Aristote, La Politique, trad. Jules Barthélemy-Saint-Hilaire : l'homme être sociable, la brute ou le dieu, la parole (I) ; les six régimes (III). fr.wikisource.org
  3. Aristotle, Nicomachean Ethics, trad. anglaise H. Rackham, Perseus Digital Library : vice le plus opposé à la vertu (II, 8 ; IV, 1, 3, 5 et 7). perseus.tufts.edu
  4. Christopher Shields, Aristotle, Stanford Encyclopedia of Philosophy, révision 2020 (biographie, Lycée, péripatéticiens). plato.stanford.edu
  5. Andrea Falcon, Aristotle on Causality, Stanford Encyclopedia of Philosophy (les quatre causes, Physique II, 3, la statue de bronze). plato.stanford.edu
  6. Aristotle's Ethics, Stanford Encyclopedia of Philosophy, révision 2026. plato.stanford.edu
  7. Dante, Divina Commedia, Inferno, chant IV, v. 131. it.wikisource.org ; Raphaël, L'École d'Athènes, 1509-1511, chambre de la Signature, Vatican. fr.wikipedia.org

Fiche relue et sourcée en septembre 2026, refaite en récit en octobre 2026.

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