1781
Critique de la raison pure : que peut-on connaître ? (2ᵉ édition en 1787)2
Philosophie · Collège, 3ᵉ année · 40 min
Oser penser par soi-même, agir par devoir.
Déjà à l’aise ? Aller au quizTon meilleur ami se cache chez toi.
Quelqu’un sonne, veut le tuer et te demande s’il est là. Tu mens ? Pour Kant, même dans ce cas, non.
Repères
1724-18044 Königsberg, en Prusse. Courant : la philosophie critique, les Lumières.Pour comprendre une réponse aussi radicale, suis le philosophe : ce que nous pouvons connaître, ce que nous devons faire, et pourquoi la valeur d’une action ne se mesure pas à ses conséquences.
Après cette fiche, tu sais
Les LumièresConnaîtreLe devoirL’impératifLa personneLe mensongeLe quiz
Oui, pourquoi pas ?
Ose penser par toi-même
Notion 1 · Les Lumières
Emmanuel Kant naît en 1724 à Königsberg, en Prusse (aujourd’hui Kaliningrad, en Russie)48. Il y enseigne à l’université et ne s’éloigne presque jamais de sa ville.
La légende veut que ses voisins aient réglé leur montre sur sa promenade quotidienne. C’est pourtant de là qu’il bouleverse toute la philosophie.
Critique de la raison pure : que peut-on connaître ? (2ᵉ édition en 1787)2
Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ?3
Fondements de la métaphysique des mœurs : le texte de base de sa morale.1
Critique de la raison pratique6
Critique de la faculté de juger : le beau, le vivant.4
Projet de paix perpétuelle4
D’un prétendu droit de mentir par humanité5
En 1784
Un journal berlinois demande : qu’est-ce que les Lumières ? Kant répond par une définition devenue célèbre.
« Les lumières sont ce qui fait sortir l'homme de la minorité qu'il doit s'imputer à lui-même. »
La minorité, explique Kant, c’est « l'incapacité où il est de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui ».3
On en est responsable quand elle ne vient pas d’un manque d’intelligence, mais d’un manque de courage. Regarde comment on s’y installe.
Un livre
La devise
« Sapere aude, aie le courage de te servir de ta propre intelligence ! voilà donc la devise des lumières. »
Sapere aude, « ose savoir », vient du poète latin Horace.7
Pourquoi tant de gens restent-ils mineurs ? « La paresse et la lâcheté », répond Kant, et le confort : il est plus facile de laisser d’autres décider.3
Il faut donc surtout la liberté de faire un usage public de sa raison : pouvoir écrire et discuter devant tous, en son propre nom.3
À toi
Qui est « mineur » au sens de Kant ?
Ce que tu peux savoir
Notion 2 · Que puis-je savoir ?
Kant ramène toute la philosophie à trois questions : « Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Qu’ai-je à espérer ? »2
Dans sa Logique (1800), il ajoute une quatrième question qui rassemble les autres : qu’est-ce que l’homme ?4
Pour la première, Kant propose un renversement qu’il compare lui-même à celui de Copernic.
« On avait admis jusqu'ici que toutes nos connaissances devaient se régler sur les objets. » Mais alors, impossible de rien savoir d'eux avant de les avoir rencontrés.
Copernic n'arrivait pas à expliquer le ciel en faisant tourner les astres autour du spectateur. Il a essayé l'inverse : c'est le spectateur qui tourne.
Kant tente le même coup : ce sont les objets qui se règlent sur notre manière de connaître. Ce que l'esprit apporte lui-même, il peut le savoir d'avance, a priori.
Connaître, pour Kant, demande deux sources. La sensibilité reçoit ce qui nous est donné, toujours dans l’espace et le temps. L’entendement le pense avec des concepts, dont les catégories comme la cause ou la substance.2
« Des pensées sans matière sont vides ; des intuitions sans concepts sont aveugles. »
Décompose ce que tu vois quand une pomme tombe d’une branche.
Le phénomène
Phénomène : le monde tel qu’il nous apparaît, mis en forme par l’espace, le temps et les catégories. C’est le domaine de la science, et il est vraiment connaissable.
Ce que tu vois est déjà un phénomène. Ce qu’il est en lui-même reste hors de portée.
Chose en soi : la réalité telle qu’elle est indépendamment de nous. On peut la penser, jamais la connaître.
De même, Dieu, l’âme ou le monde comme totalité sont pensables, pas objets de science.2
Deux distinctions à connaître, pour trier les jugements.
Indépendant de l’expérience, donc universel et nécessaire.
Tiré de l’expérience.
Ne fait que déplier un concept : « tous les corps sont étendus ».2
Ajoute quelque chose : « tous les corps sont pesants ».
Toute la Critique demande comment ces jugements sont possibles : « 7 + 5 = 12 » ou « tout ce qui arrive a sa cause ».2
Classe
Range chaque jugement : touche une carte, puis sa case.
Que dois-je faire ?
Notion 3 · Agir par devoir
Deuxième question : que dois-je faire ? Kant cherche ce qui est bon sans aucune condition.
L’intelligence, le courage, la richesse, et même le bonheur peuvent servir le mal. Il ne reste qu’une chose.1
« De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n'est seulement une bonne volonté. »
Une bonne volonté ne se juge pas à ce qu’elle obtient, mais à ce qui la fait agir. Kant prend l’exemple d’un marchand qui ne fait pas payer plus cher un client inexpérimenté, « si bien qu’un enfant achète chez lui à tout aussi bon compte que n’importe qui ».1
Par intérêt
Le devoir, c’est « la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi ».1
Une action conforme au devoir fait ce qu’il faut ; une action faite par devoir le fait parce qu’il le faut. Seule la seconde a une valeur morale.
Donc c’est immoral ?
Classe
Par devoir, ou seulement conforme au devoir ?
Une règle sans condition
Notion 4 · L’impératif catégorique
Un impératif est un ordre de la raison. Il est hypothétique quand il dépend d’un but : « si tu veux réussir ton examen, révise ». Il est catégorique quand il commande sans condition, parce que l’action est bonne en elle-même : c’est l’impératif moral.
Il est catégorique quand il commande sans condition : c’est l’impératif moral.1
« Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »
Une maxime, c’est la règle personnelle de ton action. Le test : imagine que tout le monde la suive. Kant le fait sur son propre exemple.1
Tu as besoin d'argent. Tu promets de rembourser lundi, en sachant que tu ne le feras pas.
Ta règle : quand j'ai besoin d'argent, j'emprunte en promettant de rendre, sachant que je ne rendrai pas.
Et si c'était une loi pour tout le monde ? Chacun ferait de fausses promesses dès qu'il est dans le besoin.
Plus personne ne croirait une promesse. Plus personne ne prêterait sur parole.
Promettre deviendrait impossible : la maxime « se détruirait elle-même nécessairement ». Elle ne peut même pas être pensée comme loi : ne pas faire de fausse promesse est un devoir strict.
« Je n'aide jamais personne » : un tel monde peut exister, mais tu ne peux pas le vouloir, car tu auras un jour besoin d'aide. Aider est un devoir large.
Kant donne quatre exemples. Deux violent un devoir strict, deux un devoir large.1
Il distingue les maximes qu’on ne peut même pas penser sans contradiction comme loi universelle, et celles qu’on peut penser mais pas vouloir.
Attention
Ce n’est pas un calcul de conséquences. Le test ne demande pas « est-ce que ce serait mal pour la société ? », mais « est-ce que ma règle tient debout si tout le monde la suit ? ».
Et ce n’est pas la règle d’or : Kant écarte lui-même « la formule triviale : quod tibi non vis fieri » (ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse), qui n’en est qu’une conséquence incomplète.1
Passe le test
Pour chaque maxime, que donne le test ?
Les personnes ont une dignité
Notion 5 · La personne
Le même impératif prend une autre forme : les choses ont un prix, les personnes ont une dignité. Un être raisonnable est une fin en soi.
Ce qui a un prix peut être remplacé par un équivalent ; ce qui a une dignité n’en admet aucun.1
« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »
Le mot décisif est simplement. On se sert sans cesse les uns des autres ; c’est permis tant que l’autre reste aussi une fin, c’est-à-dire qu’il peut adhérer à ce que tu fais de lui.
À la boulangerie
Troisième forme : agir comme un membre d’un règne des fins, une communauté où chaque être raisonnable est à la fois l’auteur et le sujet de la loi.
Obéir à la loi que ta raison se donne, c’est l’autonomie ; obéir à autre chose (une autorité, un désir, une récompense), c’est l’hétéronomie.
À toi
Laquelle de ces situations traite quelqu'un simplement comme un moyen ?
Et si mentir sauvait un ami ?
Notion 6 · Le mensonge
Retour à la question du début. Du vivant de Kant, Benjamin Constant, un penseur né à Lausanne en 17675, lui oppose ce cas : si mentir est toujours interdit, faut-il dire à un assassin où se cache ton ami ?
À bien comprendre
Kant n’oblige pas à tout dire : se taire n’est pas mentir. Le débat porte sur le cas où l’on doit répondre. Il répond dans D’un prétendu droit de mentir par humanité (1797)5 et maintient sa position.
À toi
Pourquoi Kant refuse-t-il ce mensonge, même pour sauver un ami ?
Alors je peux dire qu’il a tort ?
À toi de juger
Entraîne-toi
Cherche d'abord, en deux ou trois phrases, puis ouvre le corrigé.
Son action est conforme au devoir (il ne triche pas), mais elle n'est pas faite par devoir : le mobile est la peur d'une sanction, un intérêt. Pour Kant, elle n'a donc pas de valeur morale. Elle en aurait si l'élève s'abstenait de tricher parce que tricher est injuste, même sans aucun risque d'être pris.
Oui, si l'échange est libre et honnête : je me sers de la personne comme d'un moyen, mais pas simplement comme d'un moyen, car elle consent, est payée et poursuit ses propres fins. Ce serait contraire à la formule si je la trompais sur le salaire ou les conditions : elle ne pourrait pas adhérer à ce que je fais d'elle.
I. Le mensonge semble parfois un devoir d'humanité : protéger une victime (l'objection de Constant, la morale des conséquences). II. Pour Kant, le mensonge ne peut jamais être universalisé : il ruine la confiance dont dépend toute parole et traite l'autre simplement comme un moyen ; la valeur morale ne dépend pas des conséquences. III. Discussion : se taire n'est pas mentir ; conflit entre devoir de véracité et devoir d'aider ; limites d'une morale sans exception face à des cas extrêmes.
Attention
Non : l’action faite par inclination n’est pas mauvaise, elle mérite « louange et encouragement ». Elle n’a simplement pas de valeur morale véritable si le plaisir est son seul mobile.1
Ce qui est interdit, c’est de le traiter simplement comme un moyen.
Kant la juge « triviale » et incomplète : elle ne dit rien, par exemple, des devoirs envers soi-même.1
Le test cherche une contradiction dans la maxime, pas un bilan des effets.
On peut la penser, jamais la connaître : c’est la limite de la connaissance.2
À retenir
Sortir de la minorité dont on est responsable · « Sapere aude ».3
Les objets se règlent sur notre manière de connaître.
Sensibilité (espace, temps) + entendement (catégories).
Phénomène connaissable · chose en soi pensable, pas connaissable.
Seule chose bonne sans restriction.1
Agir par devoir, pas seulement conformément au devoir.
Maxime universalisable · devoir strict ou large.
Toujours aussi une fin, jamais simplement un moyen · autonomie.
Vérifie ce que tu sais
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Dix questions tirées parmi dix-huit, réponses mélangées à chaque partie. Une explication s'affiche après chaque réponse, et tes erreurs sont reprises à la fin.
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D’où viennent ces idées ?
Fiche relue et sourcée en septembre 2026, refaite en récit en octobre 2026.