Philosophie · Citoyen de Genève

Rousseau

Il pense que l’homme naît libre et que la société l’enchaîne. Comment vivre ensemble sans obéir à personne d’autre qu’à soi-même ?

Déjà à l’aise ? Aller au quiz

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. »1

Le point de départ

Rousseau pense que l’homme naît libre. C’est la société qui l’enchaîne.

Genève, 1712.

Il est le fils d’un horloger. Il signera ses livres « citoyen de Genève » et fera trembler les puissants.5

Sa question : si l’être humain est bon par nature, d’où viennent les inégalités, les maîtres et les esclaves ?

Et comment vivre ensemble sans obéir à personne d’autre qu’à soi-même ?

Avant de commencer : selon toi, l’être humain est-il plutôt bon ou plutôt mauvais « par nature » ? Hobbes et Rousseau ont donné deux réponses opposées.

Après cette fiche, tu sais

  • 1situer Rousseau, penseur genevois, et ses grandes œuvres ;
  • 2expliquer l’état de nature comme hypothèse : amour de soi, pitié, liberté, perfectibilité ;
  • 3raconter comment naissent l’amour-propre, la propriété et l’inégalité selon le Discours de 17552 ;
  • 4expliquer le contrat social et distinguer volonté générale et volonté de tous ;
  • 5distinguer liberté naturelle, civile et morale, et discuter « on le forcera d’être libre ».
1712-1778né à Genève, mort à Ermenonville, en France. Courant : les Lumières, et leur critique.5

Un Genevois contre son siècle

1 · Citoyen de Genève

Jean-Jacques Rousseau naît le 28 juin 1712 à Genève, alors une république indépendante, fils de l’horloger Isaac Rousseau. Il perd sa mère très tôt, quitte Genève à seize ans et se forme presque seul.5

1712 Genève Paris les Lumières 1762 Môtiers 1765 île Saint-Pierre 1778 Ermenonville en France

Puis il se retourne contre l’optimisme de son siècle.

À Paris, il fréquente les philosophes des Lumières et écrit sur la musique.5

Une vie en six dates

1750

Discours sur les sciences et les arts, primé par l’Académie de Dijon.5

171217781750

1755

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.2

171217781755

1762

Du contrat social et Émile, condamnés à Paris et à Genève.5

171217781762

1762

Réfugié à Môtiers, dans la principauté de Neuchâtel.5

171217781762

1765

Quelques semaines sur l’île Saint-Pierre, au lac de Bienne.5

171217781765

1778

Il meurt à Ermenonville, en France. Confessions et Rêveries paraissent après sa mort.5

171217781778

Vrai ou faux

Cinq idées reçues sur Rousseau.

  1. Rousseau était un philosophe français.
  2. L'expression « bon sauvage » vient de Rousseau.
  3. Rousseau veut qu'on retourne vivre dans les forêts.
  4. Du contrat social a été condamné à Genève.
  5. Rousseau a vécu réfugié dans l'actuel canton de Neuchâtel.

Un homme sans société

2 · L’état de nature

Une hypothèse, pas une histoire.

Pour savoir ce que la société a fait de nous, Rousseau imagine l’homme avant toute société. Ce n’est pas un récit historique : c’est un outil pour penser.

Un état de nature qui n’a peut-être jamais existé pour juger Notre état présent un outil pour penser, pas un récit historique

Un état qui n’existe plus, qui n’a peut-être point existé, qui probablement n’existera jamais, et dont il est pourtant nécessaire d’avoir des notions justes, pour bien juger de notre état présent.

Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755, préface2

Retire à l’homme tout ce que la société lui a ajouté.

la morale l’amour-propre la propriété le langage l’homme naturel une fois les ajouts retirés, il reste le noyau

Que reste-t-il ? L’homme naturel.

L'homme naturel

Amour de soi

Hobbes disait déjà : sans pouvoir commun, c’est la guerre de chacun contre chacun. Tu y crois ?

Sans chef, on finirait par se battre, non ?

Rousseau répond à Hobbes : l’homme naturel n’est pas méchant pour autant, et les passions qu’on lui prête viennent de la société.2 Garde le mot « perfectibilité » en tête : c’est lui qui va faire sortir l’homme de l’état de nature, pour le meilleur et pour le pire.

Hobbes, Léviathan (1651)

Sans pouvoir commun, les hommes vivent dans une guerre de chacun contre chacun. Il faut un souverain assez fort pour les tenir en respect.4

un souverain fort guerre de chacun contre chacun

Rousseau (1755)

« N’allons pas surtout conclure avec Hobbes que pour n’avoir aucune idée de la bonté, l’homme soit naturellement méchant. » Hobbes prête à l’homme naturel des passions nées en société.2

passions nées en société Hobbes les lui prête à tort l’homme naturel

L’homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l’ordre ; qu’il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain.

Rousseau, Lettre à Christophe de Beaumont, 1763 : le « principe fondamental » de tous ses écrits3

Bon, mais pas vertueux

Rousseau dit à la fois que l’homme est naturellement bon, et qu’à l’état de nature il n’est « ni bon ni méchant ». Pas de contradiction : rien ne le pousse à nuire, mais sans relations morales, il n’a ni vertus ni vices.2

Bon bonté naturelle rien ne le pousse à nuire Vertueux ? non : sans relations morales, ni vertus ni vices la morale naît avec la société

Classe

Hobbes ou Rousseau ?

La chute commence par des cabanes

3 · La chute

De la cabane à l’inégalité.

La seconde partie du Discours raconte, comme une hypothèse, comment l’homme est sorti de l’état de nature. Suis les étapes.2

1 / 6 · Épars dans les bois

Des hommes sans domicile fixe, qui se rencontrent « peut-être à peine deux fois en leur vie, sans se connaître, et sans se parler ».2

2 / 6 · Les cabanes

Des familles s’installent dans des cabanes voisines. Pour Rousseau, c’est « l’époque la plus heureuse et la plus durable ».2

3 / 6 · Le regard des autres

On chante et on danse devant les cabanes. « Chacun commença à regarder les autres et à vouloir être regardé soi-même. » L’amour-propre est né.2

4 / 6 · Le fer et le blé

Métallurgie et agriculture : « ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain ». Chacun dépend des autres.2

5 / 6 · Ceci est à moi

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. »2

6 / 6 · Des lois pour les riches

Menacés, les riches proposent des lois communes. Elles « donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche ». Un faux contrat.2

Deux amours

L’amour de soi est un sentiment naturel qui veille à notre conservation. L’amour-propre, né en société, nous fait nous comparer et vouloir être préféré (note XV du Discours).2

amour de soi veiller à sa conservation amour-propre se comparer, être préféré

Deux inégalités

L’inégalité naturelle (force, âge, santé) est faible. L’inégalité morale ou politique, celle des riches et des pauvres, des maîtres et des esclaves, est une invention sociale.2

deux sortes d’inégalités naturelle force, âge, santé faible morale ou politique riches et pauvres, maîtres et esclaves invention sociale
Alors, l’homme est-il méchant par nature ?

Non, c’est plutôt la société qui le rend méchant ?

Tu remarques ? Pour Rousseau, le mal ne vient pas de la nature humaine mais de l’histoire. Et ce qu’une histoire a fait, une autre organisation peut le corriger.

Remets dans l'ordre

Les étapes du Discours sur l'inégalité, du début à la fin.

  1. Des hommes dispersés dans les bois
  2. Des familles dans des cabanes voisines
  3. On se compare : naissance de l'amour-propre
  4. Le fer et le blé : chacun dépend des autres
  5. « Ceci est à moi » : la propriété
  6. Des lois qui protègent les riches

Peut-on obéir et rester libre ?

4 · Le contrat social

Revenir à la forêt est impossible. Du contrat social (1762) cherche donc ce qui rendrait une société légitime.1 Rousseau pose le problème ainsi :

la forêt contrat une société légitime

Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant.

Rousseau, Du contrat social, livre I, chapitre 6 (orthographe modernisée)1

Former un seul corps

Les obstacles

Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout.

Rousseau, Du contrat social, I, 61

Ce que l’on perd, ce que l’on gagne

Ce que l’homme perd : « sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre ». Ce qu’il gagne : « la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède ».1

il perd liberté naturelle et droit illimité liberté civile propriété de tout ce qu’il possède liberté morale obéir à la loi qu’on s’est prescrite

La liberté morale

« L’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».1

le seul appétit désir esclavage la loi qu’on s’est prescrite liberté

Naturelle

Elle n’a pour bornes que les forces de l’individu. On prend tout ce qu’on peut atteindre.1

Civile

Elle est limitée par la volonté générale. C’est la propriété garantie par la loi.1

Morale

Obéir à la loi qu’on s’est prescrite, c’est la liberté morale. Elle rend l’homme vraiment maître de lui.1

Classe

Quelle liberté ?

Une somme n’est pas une volonté

5 · La volonté générale

Volonté générale ou volonté de tous ?

Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun, l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme de volontés particulières.

Rousseau, Du contrat social, II, 31

Ôte de ces volontés « les plus et les moins qui s’entre-détruisent » : il reste la volonté générale.1

les plus les moins volonté générale les plus et les moins s’annulent

Un modèle simplifié

Douze citoyens votent, chacun avec un intérêt privé qui l’écarte plus ou moins de l’intérêt commun. Fais défiler : trois assemblées.

Douze citoyens votent

Citoyens isolés

« Qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’État et que chaque citoyen n’opine que d’après lui ».1

sans société partielle une société partielle chacun n’opine que d’après lui un groupe vote en bloc

La souveraineté « ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ».1

le peuple, souverain un représentant la souveraineté ne se représente pas

« Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ».1

le reste du temps élection

À toi

Dans une votation, chacun vote uniquement pour ce qui l'avantage personnellement. Le résultat exprime :

Rousseau se méfiait des partis et des groupes de pression : chaque groupe organisé remplace des dizaines de voix par une seule volonté particulière.

Obéir à qui, au juste ?

6 · Être libre

« On le forcera d’être libre »

Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre.

Rousseau, Du contrat social, I, 71

La loi exprime la volonté générale, dont je suis coauteur. Me contraindre, c’est me garantir « de toute dépendance personnelle ».1

moi, citoyen coauteur de la loi mon intérêt du moment je désobéis la contrainte me ramène à la loi commune je n’obéis à aucun homme, seulement à la loi
Mais si on me force, je ne suis plus libre ?

Forcer quelqu’un à être libre, ça ne se contredit pas ?

C’est l’objection libérale. Benjamin Constant (né à Lausanne), puis Isaiah Berlin (1958), défendent une liberté comme protection de l’individu.4

Et Berlin, il en pense quoi ?

Pour lui, l’idée qu’on peut forcer quelqu’un à être « vraiment » libre a servi à justifier des tyrannies au XXᵉ siècle.4

À toi

Pourquoi, selon Rousseau, contraindre celui qui désobéit à la loi, c'est le « forcer d'être libre » ?

Et l’éducation ?

L’Émile (1762) s’ouvre sur la même idée : « Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme. »3

tout est bien les mains de l’homme tout dégénère

D’où une éducation « purement négative ».

Non pas enseigner la vertu, mais protéger le cœur du vice et l’esprit de l’erreur, et laisser l’expérience instruire.3

Maintenant, à toi

Entraîne-toi

Exercices corrigés

Cherche d’abord, en quelques phrases, puis ouvre le corrigé.

1. Explique la première phrase du Contrat social : « L'homme est né libre, et partout il est dans les fers. »

Par nature, l'homme est libre : aucun homme n'a d'autorité naturelle sur un autre. Or toutes les sociétés existantes l'enchaînent (maîtres, inégalités, lois injustes). Rousseau ne cherche pas à expliquer ce changement (« Je l'ignore », écrit-il), mais à dire ce qui pourrait le rendre légitime : c'est le rôle du contrat social.

2. Pourquoi, selon Rousseau, la propriété est-elle à l'origine de l'inégalité ?

Avec l'agriculture et la métallurgie, le travail de la terre conduit à se l'approprier. La propriété transforme de petites inégalités naturelles (force, adresse) en grandes inégalités de richesse, que l'amour-propre rend insupportables. Pour se protéger, les riches font adopter des lois qui fixent ces inégalités : « de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche ».

3. Dissertation : « Obéir à la loi, est-ce renoncer à sa liberté ? » Propose un plan en trois parties.

I. Oui en apparence : la loi limite ce que je peux faire ; la liberté naturelle n'a pour bornes que mes forces. II. Non, si la loi est légitime : selon Rousseau, obéir à la loi qu'on s'est prescrite, c'est la liberté civile et morale ; je n'obéis à aucun homme. III. Limites : toute loi n'exprime pas la volonté générale (brigues, représentation), et la contrainte « pour ma liberté » peut menacer l'individu (Constant, Berlin).

Attention

Cinq contresens à éviter.

« Rousseau, philosophe français. »

Il est genevois et signe « citoyen de Genève », même s’il écrit en français et vit longtemps en France.5

« Le bon sauvage. »

L’expression n’est pas de lui, et il ne décrit pas des peuples réels : son homme naturel est une hypothèse.5

« Retour à la nature. »

Rousseau juge ce retour impossible et s’en moque ; il cherche une société légitime.2

« Volonté générale = majorité. »

Elle ne regarde qu’à l’intérêt commun ; une majorité d’intérêts privés n’est que la volonté de tous.1

« Naturellement bon, donc vertueux. »

L’homme naturel est bon (il ne cherche pas à nuire) mais ni vertueux ni vicieux : la morale naît avec la société.2

Ce qu’il faut retenir

À retenir

Rousseau en huit lignes.

Sa vie, son état de nature

Genève : né en 1712, « citoyen de Genève », réfugié à Môtiers en 17625

État de nature : hypothèse pour juger notre état présent

Homme naturel : amour de soi, pitié, liberté, perfectibilité

La société et l’inégalité

Amour-propre : né en société, se comparer, vouloir être préféré

Inégalité : morale et politique, née de la propriété et de lois injustes

Le contrat et la liberté

Contrat social : aliénation totale de chacun à tous ; on n’obéit qu’à soi-même1

Volonté générale : vise l’intérêt commun ; la souveraineté ne se représente pas

Trois libertés : naturelle (perdue), civile et morale (gagnées)

Dix questions pour finir

Dix questions pour finir

Dernier rappel : amour de soi n’est pas amour-propre, et volonté générale n’est pas volonté de tous. Ces deux paires font tomber beaucoup d’élèves.

Dix questions tirées parmi vingt, réponses mélangées à chaque partie. Une explication s'affiche après chaque réponse, et tes erreurs sont reprises à la fin.

Sources

  1. Rousseau, Du contrat social (1762), édition de 1762, texte entier : I, 1, 6, 7, 8 ; II, 3 ; III, 15 ; IV, 2. fr.wikisource.org
  2. Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) : préface, première et seconde parties, notes. fr.wikisource.org
  3. Rousseau, Émile, ou De l'éducation (1762), livres I et II, et Lettre à Christophe de Beaumont (1763). fr.wikisource.org · fr.wikisource.org
  4. Stanford Encyclopedia of Philosophy, C. Bertram, Jean Jacques Rousseau (rév. 2023), et I. Carter, Positive and Negative Liberty (rév. 2026 : Constant, Berlin). plato.stanford.edu
  5. Wikipédia, Jean-Jacques Rousseau (dates, condamnations de 1762, Môtiers, île Saint-Pierre) et Mythe du bon sauvage (Ter Ellingson). fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org

Fiche relue et sourcée en septembre 2026, refaite en récit en octobre 2026.

Glisser pour continuer vers Kant : Le Devoir
Collège 2