1750
Discours sur les sciences et les arts, primé par l’Académie de Dijon.5
Philosophie · Citoyen de Genève
Il pense que l’homme naît libre et que la société l’enchaîne. Comment vivre ensemble sans obéir à personne d’autre qu’à soi-même ?
Déjà à l’aise ? Aller au quiz« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. »1
Le point de départ
Rousseau pense que l’homme naît libre. C’est la société qui l’enchaîne.
Genève, 1712.
Il est le fils d’un horloger. Il signera ses livres « citoyen de Genève » et fera trembler les puissants.5
Sa question : si l’être humain est bon par nature, d’où viennent les inégalités, les maîtres et les esclaves ?
Et comment vivre ensemble sans obéir à personne d’autre qu’à soi-même ?
Un Genevois contre son siècle
1 · Citoyen de Genève
Jean-Jacques Rousseau naît le 28 juin 1712 à Genève, alors une république indépendante, fils de l’horloger Isaac Rousseau. Il perd sa mère très tôt, quitte Genève à seize ans et se forme presque seul.5
Puis il se retourne contre l’optimisme de son siècle.
À Paris, il fréquente les philosophes des Lumières et écrit sur la musique.5
Discours sur les sciences et les arts, primé par l’Académie de Dijon.5
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.2
Du contrat social et Émile, condamnés à Paris et à Genève.5
Réfugié à Môtiers, dans la principauté de Neuchâtel.5
Quelques semaines sur l’île Saint-Pierre, au lac de Bienne.5
Il meurt à Ermenonville, en France. Confessions et Rêveries paraissent après sa mort.5
Vrai ou faux
Cinq idées reçues sur Rousseau.
Un homme sans société
2 · L’état de nature
Une hypothèse, pas une histoire.
Pour savoir ce que la société a fait de nous, Rousseau imagine l’homme avant toute société. Ce n’est pas un récit historique : c’est un outil pour penser.
Un état qui n’existe plus, qui n’a peut-être point existé, qui probablement n’existera jamais, et dont il est pourtant nécessaire d’avoir des notions justes, pour bien juger de notre état présent.
Retire à l’homme tout ce que la société lui a ajouté.
Que reste-t-il ? L’homme naturel.
Amour de soi
Sans chef, on finirait par se battre, non ?
Hobbes, Léviathan (1651)
Sans pouvoir commun, les hommes vivent dans une guerre de chacun contre chacun. Il faut un souverain assez fort pour les tenir en respect.4
Rousseau (1755)
« N’allons pas surtout conclure avec Hobbes que pour n’avoir aucune idée de la bonté, l’homme soit naturellement méchant. » Hobbes prête à l’homme naturel des passions nées en société.2
L’homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l’ordre ; qu’il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain.
Bon, mais pas vertueux
Rousseau dit à la fois que l’homme est naturellement bon, et qu’à l’état de nature il n’est « ni bon ni méchant ». Pas de contradiction : rien ne le pousse à nuire, mais sans relations morales, il n’a ni vertus ni vices.2
Classe
Hobbes ou Rousseau ?
La chute commence par des cabanes
3 · La chute
De la cabane à l’inégalité.
La seconde partie du Discours raconte, comme une hypothèse, comment l’homme est sorti de l’état de nature. Suis les étapes.2
Des hommes sans domicile fixe, qui se rencontrent « peut-être à peine deux fois en leur vie, sans se connaître, et sans se parler ».2
Des familles s’installent dans des cabanes voisines. Pour Rousseau, c’est « l’époque la plus heureuse et la plus durable ».2
On chante et on danse devant les cabanes. « Chacun commença à regarder les autres et à vouloir être regardé soi-même. » L’amour-propre est né.2
Métallurgie et agriculture : « ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain ». Chacun dépend des autres.2
« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. »2
Menacés, les riches proposent des lois communes. Elles « donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche ». Un faux contrat.2
Deux amours
L’amour de soi est un sentiment naturel qui veille à notre conservation. L’amour-propre, né en société, nous fait nous comparer et vouloir être préféré (note XV du Discours).2
Deux inégalités
L’inégalité naturelle (force, âge, santé) est faible. L’inégalité morale ou politique, celle des riches et des pauvres, des maîtres et des esclaves, est une invention sociale.2
Non, c’est plutôt la société qui le rend méchant ?
Remets dans l'ordre
Les étapes du Discours sur l'inégalité, du début à la fin.
Peut-on obéir et rester libre ?
4 · Le contrat social
Revenir à la forêt est impossible. Du contrat social (1762) cherche donc ce qui rendrait une société légitime.1 Rousseau pose le problème ainsi :
Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant.
Les obstacles
Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout.
Ce que l’on perd, ce que l’on gagne
Ce que l’homme perd : « sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre ». Ce qu’il gagne : « la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède ».1
La liberté morale
« L’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».1
Elle n’a pour bornes que les forces de l’individu. On prend tout ce qu’on peut atteindre.1
Elle est limitée par la volonté générale. C’est la propriété garantie par la loi.1
Obéir à la loi qu’on s’est prescrite, c’est la liberté morale. Elle rend l’homme vraiment maître de lui.1
Classe
Quelle liberté ?
Une somme n’est pas une volonté
5 · La volonté générale
Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun, l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme de volontés particulières.
Ôte de ces volontés « les plus et les moins qui s’entre-détruisent » : il reste la volonté générale.1
Douze citoyens votent, chacun avec un intérêt privé qui l’écarte plus ou moins de l’intérêt commun. Fais défiler : trois assemblées.
Citoyens isolés
« Qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’État et que chaque citoyen n’opine que d’après lui ».1
La souveraineté « ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ».1
« Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ».1
À toi
Dans une votation, chacun vote uniquement pour ce qui l'avantage personnellement. Le résultat exprime :
Obéir à qui, au juste ?
6 · Être libre
Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre.
La loi exprime la volonté générale, dont je suis coauteur. Me contraindre, c’est me garantir « de toute dépendance personnelle ».1
Forcer quelqu’un à être libre, ça ne se contredit pas ?
Et Berlin, il en pense quoi ?
À toi
Pourquoi, selon Rousseau, contraindre celui qui désobéit à la loi, c'est le « forcer d'être libre » ?
Et l’éducation ?
L’Émile (1762) s’ouvre sur la même idée : « Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme. »3
D’où une éducation « purement négative ».
Non pas enseigner la vertu, mais protéger le cœur du vice et l’esprit de l’erreur, et laisser l’expérience instruire.3
Maintenant, à toi
Entraîne-toi
Exercices corrigés
Cherche d’abord, en quelques phrases, puis ouvre le corrigé.
Par nature, l'homme est libre : aucun homme n'a d'autorité naturelle sur un autre. Or toutes les sociétés existantes l'enchaînent (maîtres, inégalités, lois injustes). Rousseau ne cherche pas à expliquer ce changement (« Je l'ignore », écrit-il), mais à dire ce qui pourrait le rendre légitime : c'est le rôle du contrat social.
Avec l'agriculture et la métallurgie, le travail de la terre conduit à se l'approprier. La propriété transforme de petites inégalités naturelles (force, adresse) en grandes inégalités de richesse, que l'amour-propre rend insupportables. Pour se protéger, les riches font adopter des lois qui fixent ces inégalités : « de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche ».
I. Oui en apparence : la loi limite ce que je peux faire ; la liberté naturelle n'a pour bornes que mes forces. II. Non, si la loi est légitime : selon Rousseau, obéir à la loi qu'on s'est prescrite, c'est la liberté civile et morale ; je n'obéis à aucun homme. III. Limites : toute loi n'exprime pas la volonté générale (brigues, représentation), et la contrainte « pour ma liberté » peut menacer l'individu (Constant, Berlin).
Attention
Cinq contresens à éviter.
Il est genevois et signe « citoyen de Genève », même s’il écrit en français et vit longtemps en France.5
L’expression n’est pas de lui, et il ne décrit pas des peuples réels : son homme naturel est une hypothèse.5
Rousseau juge ce retour impossible et s’en moque ; il cherche une société légitime.2
Elle ne regarde qu’à l’intérêt commun ; une majorité d’intérêts privés n’est que la volonté de tous.1
L’homme naturel est bon (il ne cherche pas à nuire) mais ni vertueux ni vicieux : la morale naît avec la société.2
Ce qu’il faut retenir
À retenir
Rousseau en huit lignes.
Genève : né en 1712, « citoyen de Genève », réfugié à Môtiers en 17625
État de nature : hypothèse pour juger notre état présent
Homme naturel : amour de soi, pitié, liberté, perfectibilité
Amour-propre : né en société, se comparer, vouloir être préféré
Inégalité : morale et politique, née de la propriété et de lois injustes
Contrat social : aliénation totale de chacun à tous ; on n’obéit qu’à soi-même1
Volonté générale : vise l’intérêt commun ; la souveraineté ne se représente pas
Trois libertés : naturelle (perdue), civile et morale (gagnées)
Trois autres fiches pour prolonger la réflexion.
Kant, lecteur de Rousseau Platon et la cité juste Marx et la propriété
Dix questions pour finir
Dix questions tirées parmi vingt, réponses mélangées à chaque partie. Une explication s'affiche après chaque réponse, et tes erreurs sont reprises à la fin.
Ton score
Fiche relue et sourcée en septembre 2026, refaite en récit en octobre 2026.