1. Les lois du pays
Obéir aux lois et aux coutumes de son pays, en suivant les opinions les plus modérées.1
Philosophie · Collège, 2ᵉ année · 45 min
Il décide de douter de tout pour trouver une seule vérité absolument solide.
Déjà à l’aise ? Aller au quizJe pense, donc je suis.1
René Descartes (1596-1650), mathématicien, physicien et philosophe, décide un jour de douter de tout ce qu’il a appris.3
Pas par goût du doute : pour trouver une seule vérité absolument solide, et reconstruire tout le savoir sur elle.
Un arbre
Descartes compare la philosophie à un arbre : les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, et les branches les autres sciences.4
Si les racines sont pourries, tout l’arbre tombe. Alors il commence par vérifier les racines.
Douter de tout ? Même de ce que je vois ?
Un savant qui veut tout refaire
1 · Qui était-il ?
Élève des jésuites, Descartes sort du collège déçu : il a beaucoup appris, mais rien de vraiment certain, sauf en mathématiques.3
Beaucoup de savoir reçu, peu de certitudes. Seules les mathématiques tiennent.
Chercher la vérité par soi-même.
Il veut chercher « dans le grand livre du monde », puis dans sa propre raison.1
Une vie en dates
De la Touraine à Stockholm, en quelques dates.
Il reste vingt ans aux Provinces-Unies (actuels Pays-Bas), puis meurt à Stockholm. En 1619, il se donne la mission de réformer tout le savoir.3 Les deux œuvres : sources 1 et 2.
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. »1
Descartes, Discours de la méthode, Iʳᵉ partie.
À toi
En 1637, en quelle langue paraît le Discours de la méthode ?
Quatre règles, pas une de plus
2 · La méthode
Descartes admire « ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir ». Il veut les étendre à tout le savoir.1
Chaque anneau tient au précédent : si le premier est solide, toute la chaîne l’est.
Dans le Discours (IIᵉ partie), Descartes en garde quatre : évidence, analyse, ordre, dénombrement. Fais défiler pour les voir une à une.
Évidence
Classe
Pour un devoir de maths, quelle règle appliques-tu ?
Tout douter, sauf une chose
3 · Le doute
Dans les Méditations, Descartes rejette tout ce qui laisse la moindre place au doute, pour voir s’il reste une seule chose certaine.2
Ce qui peut être faux tombe. Ce qui reste, c’est « je pense ».
« J'ai quelquefois éprouvé que ces sens étoient trompeurs » (Méditation première). Un bâton plongé dans l'eau paraît brisé. Prudence.
« Il n'y a point d'indices certains par où l'on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil. » Mon corps lui-même devient douteux.
Et si « un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant » me trompait chaque fois que j'additionne deux et trois ?
« Qu'il me trompe tant qu'il voudra, il ne saura jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose » (Méditation seconde).
Que suis-je ? « Une chose qui pense », c'est-à-dire « une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut ».
Pas un sceptique
Le sceptique doute pour douter. Descartes doute pour trouver une certitude, puis il reconstruit.2
Le sceptique conclut qu’on ne peut rien savoir. Descartes, lui, cherche un point fixe.
« Je suis, j’existe, cela est certain ; mais combien de temps ? Autant de temps que je pense. »
Mon existence dure aussi longtemps que ma pensée.2
Non, je lis. Mais si je rêvais ?
Et si je rêve ?
Dans un rêve, je crois voir mes mains, mon corps, le monde. Ces choses deviennent douteuses. Le fait de penser, lui, reste.2
Le rêve rend douteux ce que je crois voir, pas le fait que je pense.
Classe
Au plus fort du doute, ces phrases sont-elles douteuses ou certaines ?
Un morceau de cire
Mieux connaître la cire, ou mon esprit ?
Je suis sûr de penser. Mais est-ce que je connais mieux les choses que je vois et touche, que mon esprit ?2
Dans la Méditation seconde, Descartes fait une expérience avec un morceau de cire.
Sortie de la ruche
À toi
Après le feu, qu'est-ce qui reste « la même cire » ?
Des chapeaux et des manteaux
Même chose, ajoute Descartes, quand je regarde des passants de ma fenêtre : que vois-je, « sinon des chapeaux et des manteaux » ? C’est mon jugement, non mes yeux, qui me dit que ce sont des hommes.2
Conclusion : l’esprit est plus facile à connaître que le corps.
Et le monde, dans tout ça ?
5 · Dieu, garant du vrai
Le cogito ne prouve que ma pensée. Comment retrouver le monde et la science ? Dans les Méditations III à VI, Descartes passe par Dieu.2
Trois étapes
Si, ça tourne en rond.
Le cercle
Les idées claires prouvent Dieu, et Dieu garantit les idées claires.
Remets dans l'ordre
Le chemin de Descartes dans les Méditations.
Deux choses, pas une seule
6 · Âme et corps
Pour Descartes, l’être humain est fait de deux substances réellement distinctes : la pensée et la matière étendue. C’est le dualisme.2
La pensée
À toi
Pourquoi, selon Descartes, l'animal ne pense-t-il pas ?
Et aujourd’hui ?
L’éthologie a montré chez beaucoup d’animaux des formes de communication, de mémoire et de souffrance. Le droit suit : en Suisse, les animaux ne sont pas des choses ; en France, ce sont des êtres vivants doués de sensibilité.10
En neurosciences, Antonio Damasio a intitulé un livre L’Erreur de Descartes (1994) pour contester la séparation de la raison et des émotions, du corps et de l’esprit.5
Elle agit sur le corps… quelque part ?
La glande pinéale
Selon Les Passions de l’âme (1649), l’âme agit sur le corps par une petite glande, au milieu du cerveau.7
Une âme sans étendue qui agit sur un corps étendu : c’est là que le dualisme est mis à l’épreuve.
Un toit pendant les travaux
7 · Vivre en doutant
Pendant qu’on reconstruit sa maison, il faut bien un toit. Pendant qu’il doute de tout, Descartes se donne une morale « par provision » en trois maximes.1
Le toit provisoire protège pendant la reconstruction, le temps de tout refaire.
Obéir aux lois et aux coutumes de son pays, en suivant les opinions les plus modérées.1
Être ferme et résolu dans ses actions, comme le voyageur égaré en forêt.
« Tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde ».
À toi
Égaré dans une forêt, que doit faire le voyageur, selon Descartes ?
Dans la forêt
Garder une même direction fait sortir : on finit par arriver quelque part, mieux qu’au milieu de la forêt.1
Marcher le plus droit possible vers un même côté : on finit par sortir.
« Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. »1
Descartes, Discours de la méthode, VIᵉ partie, sur les fruits espérés de la science.
Cherche d’abord, corrige ensuite
Entraîne-toi
Trois questions. Réponds d’abord, puis ouvre le corrigé.
Le sceptique doute pour douter, et conclut qu'on ne peut rien savoir. Descartes doute pour trouver une certitude : son doute est méthodique (il examine tout, systématiquement), hyperbolique (il va jusqu'à l'hypothèse du malin génie) et provisoire (il cesse dès qu'il trouve le cogito, puis reconstruit). C'est un moyen, pas un état.
Que même en rêve, il pense. Le rêve rend douteux ce que je pense (mes mains, le monde), pas le fait que je pense. Et pour penser, rêver ou être trompé, il faut être quelque chose. « Je suis, j'existe » est donc vrai chaque fois que je le pense, que je rêve ou non.
Que ce que les sens perçoivent de la cire (goût, odeur, couleur, forme, son) change entièrement au feu, alors que nous jugeons que c'est la même cire. Ce qui demeure, quelque chose d'étendu, de flexible et de muable, n'est connu ni par les sens ni par l'imagination, mais par l'entendement : une « inspection de l'esprit ». L'esprit se connaît donc plus facilement que le corps.
Attention
Non : on y lit « je suis, j’existe ». La formule latine vient des Principes.6
C’est une hypothèse de méthode, pour pousser le doute au bout.
Son doute est méthodique et provisoire.
Descartes écrit « comme maîtres et possesseurs » : la nuance compte.
Il leur accorde la vie et une sensibilité corporelle ; ce sont des cartésiens plus tardifs qui ont été plus brutaux.8
À retenir
Le chemin de Descartes, pas à pas : du doute au monde.
1596-1650 · Discours (1637) · Méditations (1641).3 Méthode : évidence, analyse, ordre, dénombrement.
Les sens, le rêve, le malin génie : doute méthodique et provisoire. Je pense, donc je suis ; je suis, j’existe.
La cire est connue par l’esprit, non par les sens. Dieu, parfait, ne trompe pas (objection du cercle). Chose qui pense et chose étendue : l’animal-machine.
Trois maximes par provision, et la forêt.
Pour aller plus loin
Platon et les IdéesKant et les limites de la raisonRousseau, la suite
Ne réponds que ce que tu sais
Vérifie
Dix questions tirées parmi vingt-six, réponses mélangées à chaque partie. Une explication s'affiche après chaque réponse, et tes erreurs sont reprises à la fin.
Ton score
Fiche relue et sourcée en septembre 2026, refaite en récit en octobre 2026.