1961
Histoire de la folie à l’âge classique : à Paris, l’Hôpital général fondé en 1656 enferme ensemble fous, pauvres et criminels.6
Philosophie · Surveiller et punir
Tu te redresses dès que le prof lève les yeux. Foucault fait de ce réflexe le point de départ d’une enquête sur le pouvoir.
Déjà à l’aise ? Aller au quizTu te redresses sur ta chaise dès que le prof lève les yeux, même quand il ne te regarde pas. Michel Foucault (1926-1984) a fait de ce petit réflexe le point de départ d’une enquête sur le pouvoir moderne : un pouvoir qui ne frappe plus, mais qui surveille, classe et corrige.
Une caméra éteinte
Un faux dispositif suffit à changer le comportement, parce qu’on ne peut pas vérifier s’il filme.
Repères
Michel Foucault naît à Poitiers en 1926 et meurt à Paris en 1984.3 En novembre 1969, il est élu au Collège de France, où il enseigne l’« histoire des systèmes de pensée » jusqu’à sa mort.6
Après cette fiche, tu sais
Un philosophe qui lit les registres
1 · Un philosophe dans les archives
Formé à la philosophie et à la psychologie, Michel Foucault ne part pas de grands principes : il lit des registres d’hôpitaux, des règlements de prison, des traités de médecine.
Histoire de la folie à l’âge classique : à Paris, l’Hôpital général fondé en 1656 enferme ensemble fous, pauvres et criminels.6
Naissance de la clinique : le regard médical.6
Les Mots et les choses : l’homme comme objet de savoir est une figure récente.6
Élu au Collège de France.6
Il cofonde le Groupe d’information sur les prisons, pour donner la parole aux détenus.6
Surveiller et punir. Naissance de la prison.1
La Volonté de savoir, premier tome de l’Histoire de la sexualité.2
L’Usage des plaisirs et Le Souci de soi ; il meurt à Paris le 25 juin, l’une des premières personnalités emportées par le sida en France.6
Le Groupe d’information sur les prisons naît d’un manifeste du 8 février 1971 : faire entrer des questionnaires dans les prisons, faire entendre les détenus.6 Quatre ans plus tard paraît Surveiller et punir.1
Pas « qui ? », mais « comment ? »
Foucault n’y demande pas « qui détient le pouvoir ? », mais « comment s’exerce-t-il, concrètement ? ».1
À toi
Quand Foucault étudie le pouvoir, quelle question pose-t-il d'abord ?
Un supplice, devant la foule
2 · Du supplice à la prison
Surveiller et punir s’ouvre sur deux documents que Foucault place côte à côte, presque sans commentaire. Entre les deux, moins d’un siècle.
Janvier 1757 : Robert-François Damiens tente de tuer le roi Louis XV. Il est jugé pour régicide, le crime suprême.
Le 28 mars, à Paris, devant la foule, il est tenaillé, écartelé, puis brûlé. Foucault ouvre son livre sur ce récit.
Le crime a frappé le roi lui-même. Le supplice rend sa force visible à tous, sur le corps du coupable.
« Trois quarts de siècle plus tard », écrit Foucault, voici le règlement de Léon Faucher pour la Maison des jeunes détenus à Paris.
Article 17 : en été, lever à 5 h, neuf heures de travail, deux heures d'enseignement, fin de la journée à 20 h.
On ne fait plus souffrir un corps devant la foule : on enferme, on occupe, on corrige. Le spectacle cède la place à la surveillance.
« Le châtiment est passé d’un art des sensations insupportables à une économie des droits suspendus. »
Le supplice faisait souffrir ; la prison retire des droits, à commencer par la liberté, et occupe chaque heure. Un progrès de l’humanité ? Foucault se méfie de cette lecture.
« Non pas moins punir, mais punir mieux »
Les réformateurs du XVIIIᵉ siècle cherchent, écrit Foucault, une peine plus régulière, plus continue, plus profondément insérée dans la société.1
Classe
Le supplice de 1757, ou la prison du règlement de 1838 ?
Des corps qu’on règle
3 · Fabriquer des corps dociles
Ce que Foucault appelle les disciplines : des techniques très concrètes, nées dans les couvents, les armées, les collèges, les ateliers. Leur but n’est pas de faire mal, mais de rendre le corps à la fois plus utile et plus obéissant.1
« Est docile un corps qui peut être soumis, qui peut être utilisé, qui peut être transformé et perfectionné. »
Le règlement de Léon Faucher en donne un exemple parfait. Suis une journée d’été d’un jeune détenu, article par article.1
Maison des jeunes détenus, 1838
L’école, c’est une prison, alors ?
Remets dans l'ordre
Le matin d'un jeune détenu, selon le règlement de 1838.
Un plan de prison, vu d’en haut
4 · Le panoptique
En 1791, le philosophe anglais Jeremy Bentham publie le plan d’une prison idéale, le Panopticon, du grec « qui voit tout ». L’idée lui vient de son frère Samuel, qui voulait surveiller des ouvriers en permanence.5
Monte dans la tour.
Pour Foucault, ce plan est « la figure architecturale » de la discipline.1
Le plan
« La pleine lumière et le regard d’un surveillant captent mieux que l’ombre, qui finalement protégeait. La visibilité est un piège. »
Le vieux cachot enfermait, privait de lumière et cachait. Le panoptique garde l’enfermement et supprime le reste : le détenu est seul, éclairé, toujours visible.
« Celui qui est soumis à un champ de visibilité, et qui le sait, reprend à son compte les contraintes du pouvoir […] ; il devient le principe de son propre assujettissement. »
Donc la caméra ne sert à rien ?
À toi
Bentham veut un pouvoir « visible et invérifiable ». Quel détail le rend invérifiable ?
Une copie d’examen démontée
5 · Les instruments du « bon dressement »
« Le succès du pouvoir disciplinaire tient sans doute à l’usage d’instruments simples : le regard hiérarchique, la sanction normalisatrice et leur combinaison dans une procédure qui lui est spécifique, l’examen. »
Trois instruments simples : le regard hiérarchique surveille, la sanction normalisatrice mesure l’écart à la norme, l’examen combine les deux et laisse une trace écrite.
Pour voir ces trois instruments au travail, pas besoin d’aller en prison : une simple copie d’examen suffit. Démontons-la.
La copie
La sanction normalisatrice mesure, compare et classe : on corrige ce qui s’écarte de la norme, on récompense ce qui s’y conforme.
Le pouvoir ne fait pas qu’interdire : il produit des savoirs, des comportements, des individus.
Classe
Quel instrument de la discipline est à l'œuvre ?
Le pouvoir n’est pas une chose
6 · Le pouvoir partout
« Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? »
Change le décor, et regarde ce qui reste.
Prison
D’où l’idée la plus célèbre de Foucault : le pouvoir n’est pas une chose que le roi ou l’État tiendrait dans sa main. Il passe par une multitude de relations, entre surveillant et détenu, médecin et patient, contremaître et ouvrier, professeur et élève.1
« Le pouvoir est partout ; ce n’est pas qu’il englobe tout, c’est qu’il vient de partout. »
« Il faut en somme admettre que ce pouvoir s’exerce plutôt qu’il ne se possède. » On parle d’une microphysique du pouvoir.1
Savoir-pouvoir
Pour connaître les détenus, les malades, les élèves, il faut les observer, les mesurer, les classer ; et ce savoir permet en retour d’agir sur eux.1 « Pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre ».
Attention : il ne dit pas que savoir et pouvoir sont la même chose, ni que tout savoir est faux.
Donc on ne peut rien faire ?
Vrai ou faux
Cinq affirmations sur Foucault.
Prendre la vie en charge
7 · Le biopouvoir
Dans la dernière partie de La Volonté de savoir (1976), Foucault élargit l’enquête. Le pouvoir ne s’occupe plus seulement des corps un par un : il prend en charge la vie de populations entières.2
Le pouvoir souverain prélève (impôts, récoltes, temps, et jusqu’à la vie des sujets) et détient le droit de mort. Il se montre avec éclat, comme au supplice de Damiens. Le biopouvoir, lui, gère la vie : il compte, mesure, prévient, soigne.
« La vieille puissance de la mort où se symbolisait le pouvoir souverain est maintenant recouverte soigneusement par l’administration des corps et la gestion calculatrice de la vie. »
Ce pouvoir sur la vie a deux faces : les disciplines dressent le corps de chacun (une anatomo-politique du corps humain) ; des régulations gèrent l’ensemble de la population, ses naissances, ses maladies, sa durée de vie (une biopolitique de la population).1
Classe
Pouvoir souverain, ou biopouvoir ?
Maintenant, à toi
Entraîne-toi
Cherche d’abord, puis ouvre le corrigé.
Parce que le pouvoir y est « visible et invérifiable » : le détenu voit toujours la tour, mais les persiennes l'empêchent de savoir si quelqu'un l'observe. Dans le doute, il se conduit comme s'il était toujours regardé. Il reprend à son compte la surveillance et devient « le principe de son propre assujettissement ». La présence réelle du gardien devient presque inutile : « un assujettissement réel naît mécaniquement d'une relation fictive ».
Il combine les deux autres instruments. Il suppose une surveillance (des épreuves, des contrôles, des enseignants qui observent) et une sanction normalisatrice (des notes rapportées à un seuil, des moyennes, des classements). Il laisse enfin une trace écrite : chaque élève devient un cas qu'on peut décrire, comparer et suivre dans le temps. C'est un savoir sur l'élève, et un moyen d'agir sur lui : un savoir-pouvoir.
I. La surveillance contraint : on se conforme sous le regard, jusqu'à se surveiller soi-même (le panoptique, « la visibilité est un piège »). II. Mais pour Foucault, le pouvoir n'est pas seulement répression : « le pouvoir produit », il forme des compétences, des savoirs, des individus, et le biopouvoir protège aussi la vie. III. Comprendre ces mécanismes permet de leur résister : là où il y a pouvoir, il y a résistance, comme le Groupe d'information sur les prisons qui rendait visible ce que la prison cachait.
Foucault montre qu’on veut « non pas moins punir, mais punir mieux » : autrement, et plus profondément.
Il s’exerce dans une multitude de relations ; il ne se possède pas comme un objet.
Il produit aussi : des savoirs, des comportements, des individus.
Le plan est de Jeremy Bentham (1791) ; Foucault en fait en 1975 le modèle de la société disciplinaire.5
Savoir et pouvoir s’impliquent l’un l’autre, mais ils ne se confondent pas.
À retenir
Foucault en huit lignes
Nietzsche et la généalogieMarx et la dominationRousseau et la liberté
Vérifie ce que tu sais
Dix questions tirées parmi vingt, réponses mélangées à chaque partie. Une explication s'affiche après chaque réponse, et tes erreurs sont reprises à la fin.
Ton score
Fiche relue et sourcée en septembre 2026, refaite en récit en octobre 2026.